Re: Destruction de la pièce de Réception de La Rigueur de Sète

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Cher Régis,

sur le fond, je suis tout à fait en accord avec toi : ce qui compte réellement, c’est ce qu’une telle pièce a représenté pour celui qui l’a réalisée, au moment où il l’a faite. Mais aussi ce que cela représentera, comme point de repère, pour ceux qui mettront leurs pas dans cette longue chaine de transmission des tailleurs de pierre. Une pièce de disparue, qu’importe quand dix viendront dans l’avenir la remplacer !

Quant à la forme, je suis beaucoup moins d’accord…

Laissons de côté le fait que La Rigueur de Sète n’a pas rejoint les rangs de l’Association de Compagnons Passants tailleurs de pierre : j’ose espérer que les différents entre sociétés ne volent pas si bas qu’on ne compatirait pas à un malheur survenu à un Coterie d’une autre société, même si je sais que le contentieux avec l’AO est lourd, même s’il semble aussi que ce Coterie s’est beaucoup détaché du compagnonnage.

Reste le fait que les circonstances dans lesquelles s’est produit ce « malheureux accident » (dixit la mairie) sont en réalité connues et que seul le fait de ne pas nuire à l’une des personnes qui s’est trouvée contrainte à exécuter les ordres reçus, me pousse, pour l’instant, à ne pas tout dire sur mon blog. Toujours est-il que la pièce brisée ne se trouvait pas à l’état de gravats irrécupérables et que de toutes les façons, l’irresponsable de cette situation n’avait pas à décider, seul et sur le champ, de jeter à la décharge un bien communal… Oui l’erreur humaine existe, mais comme le dit la citation entière, persévérer est diabolique ! Et c’est en l’occurrence ce qui s’est passé ici : pièce stockée dans des conditions déplorables, manutention inadéquate, dissimulation des preuves de l’erreur. C’est beaucoup. Et d’une manière ou d’une autre, cela mérite correction.

Entre sacraliser une telle pièce et s’en détacher comme s’il s’agissait d’un déchet, d’une crotte de chat qu’il faut s’empresser de recouvrir, d’une bêtise de gamin qu’on veut cacher, il y a un large éventail d’attitudes, au centre desquelles on trouve tout simplement le respect pour le patrimoine, lequel se fabrique chaque jour qui passe et n’est pas simplement jugé à l’aulne de son ancienneté ou de sa valeur artistique. Et ce respect me semble indissociable des valeurs que s’efforce de transmettre, depuis des siècles, le Devoir. Pas d’attachement quasi religieux, certes, je suis partiellement d’accord (étymologiquement le religieux, c’est ce qui relie). Mais pas d’accommodement non plus avec la bêtise, surtout lorsqu’elle risque, non sanctionnée, de mettre en péril d’autres éléments du patrimoine confiés à ses soins. Sinon, comme disait Alfred Jarry, « quand on passe les bornes, il n’y a plus de limites ». Et je me demande bien alors pourquoi le Compagnon se devrait de respecter certaines vertus — parmi lesquelles le courage, par exemple de dire haut et fort son indignation. Ne pourrait-on pas là aussi quelque peu s’accommoder ?

Bien à toi.